In defence of books and bookshops: 1993

Nearly 25 years ago, the French novelist Jean d’Ormesson reflected on the future of books and bookshops in a world invaded by television and new technologies. ‘Books’, he wrote, ‘are a great blessing in uncertain times.’ ‘The modern world was built through books. The Bible is a book. The Koran is a book. The Discourse on the Method is a book. The Capital is a book.’

Our times are no less certain, but 25 years later, books and bookshops are still among us, albeit more enfeebled than ever. The new media, not television, are now their most redoubtable enemy, and new battle-lines, retreats and shifts of strategy, often with loss of matter and soul, are being enacted. If books and bookshops were in need of a apologia a quarter of a century ago, they certainly need one today.

I am not going to offer one now, though, but I would refer you to d’Ormesson’s text, perhaps as applicable now as it was back in December 1993, when it appeared in Le Figaro Magazine (reprinted in Odeur du temps, (Éditions Héloïse d’Ormesson, 2007), pp. 873-75):

Vivent les libraires!

Les libraires, depuis quelques siècles, ont suffisamment servi les écrivains pour que les écrivains, à leur tour, dans des circonstances difficiles, viennent aider les libraires. C’est une affaire qui dépasse de loin le cercle restreint des libraires et des écrivains. Elle concerne un public immense : celui des lecteurs. Entre l’écrivain et le lecteur, le premier lien est constitué par l’éditeur. Chaque écrivain débutant connaît les affres de la recherche d’un éditeur. Parce que l’éditeur dispose du pouvoir immense de rendre réel l’imaginaire, les relations entre l’écrivain et son éditeur constituent tout un chapitre de l’histoire littéraire et les noms de Michel Levy, de Hertzel, de Poulet-Malassis, les noms de René Julliard, de Gallimard, de Grasset sont mêlés à ceux de Hugo, de Dumas, de Baudelaire, de Proust, de Morand, de tant d’autres parmi les morts ou parmi les vivants. Mais l’éditeur n’est pas seul entre l’écrivain et son public. L’éditeur donne sa chance à l’écrivain en le faisant sortir de la clandestinité et en fournissant un support à un monde qui n’existe pas encore. Ce support est le livre. Le livre est un objet parmi d’autres, mais chargé de puissance, d’énergie, de beauté aussi, de quelque chose de presque sacré qui peut bouleverser l’univers et changer le cours des choses. Le monde moderne a été construit par les livres. La Bible est un livre. Le Coran est un livre. Le Discours de la méthode est un livre. Le Capital est un livre. Ceux qui sont chargés de diffuser les livres et surtout les livres nouveaux et de leur ouvrir l’accès à un public qui n’existe pas d’avance s’appellent les libraires. Parce qu’ils prennent des risques souvent comparables à ceux des auteurs et des éditeurs, parce qu’ils servent de lien entre les écrivains et leur public à venir, ils ont joué et ils jouent un rôle capital dans la diffusion de la culture. Le commerce de la librairie remonte aux Grecs et aux Romains. À Athènes et à Rome, les librairies sont des lieux de réunion des auteurs et des lecteurs cultivés et l’on y donne des lectures publiques. Les volumes se répandent à Alexandrie, à Byzance, dans toute la Méditerranée et jusqu’en Gaule. Des libraires s’établissent à Marseille ou à Lyon. Au Moyen Âge, des règlements précisent les obligations des libraires établis autour des universités. Dès le x v C siècle, des foires se tiennent à Francfort ou à Leipzig. L’imprimerie bouleverse évidemment le commerce des livres et la censure devient un des thèmes principaux des rapports, souvent difficiles, entre pouvoir, écrivains et libraires. Le métier de libraire peut devenir presque dangereux. La Révolution garantit aux Français le droit d’écrire, d’imprimer et de publier librement. La République supprime le brevet de libraire et l’obligation du serment et du contrôle qui avaient été rétablis par l’Empire et la Restauration. Une double menace pèse aujourd’hui sur les milliers de libraires qui assurent la vente des livres. Ils souffrent, en tant que commerçants, de la crise qui frappe tous les secteurs de l’activité nationale et internationale. Et ils souffrent en tant que libraires, de la crise spécifique qui frappe les livres dans un monde où l’écrit est battu en brèche par la télévision et par l’électronique. Menacés par la dépression, menacés par la montée des images et par les grandes surfaces, les libraires ont le sentiment d’exercer une profession sur le point d’être sinistrée. La télévision joue à l’égard des livres un rôle apparemment ambigu et en vérité dévastateur. D’un côté — de moins en moins souvent —, elle aide leur diffusion et chacun connaît les noms des grandes émissions littéraires à la télévision ; de l’autre, elle n’a pas d’autres choix que de transformer la littérature en spectacle. Il peut

 

lui arriver de changer en vedettes des écrivains et des livres, mais sa nature est de mordre sur le temps de la lecture et de la dévaluer. Elle parle trop rarement de littérature et, sauf exceptions éclatantes, même quand elle en parle, elle l’aplatit, elle la déforme, elle la détruit presque aussi sûrement que par le silence. Les grandes surfaces, de leur côté, jouent un rôle important et légitime dans la diffusion des livres, mais elles ne peuvent pas remplacer le libraire dans le contact familier et confiant avec les oeuvres, dans ce rôle de conseiller et d’ami, presque de médecin et de confesseur, qui a si longtemps été le sien. Elles ne le remplacent pas, mais elles restreignent son domaine. Face à la crise, face à la télévision, face aux grandes surfaces, les libraires, aujourd’hui, sont dans un péril mortel. Tous ceux qui aiment les livres, tous ceux qui y trouvent un des plaisirs les plus délicieux qui soient et une consolation à tous les chagrins de la vie, doivent aider les libraires. Les fêtes approchent. Offrez les livres que vous aimez à ceux que vous aimez. Et si vous ne savez pas ce que vous aimez, votre libraire vous aidera. Il ne vous aidera peut-être pas à trouver des gens à aimer, mais il vous aidera, à coup sûr, à trouver des livres à aimer. C’est un grand bonheur dans les temps incertains.

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